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#Botzaris36 : Bilan provisoire

Le liminaire de ma chronique du 21 juin 2011 est valable autant pour ce billet-là que pour celui-ci… 

Après l’évacuation manu militari des réfugiés tunisiens du 36, rue Botzaris le 16 juin 2011, commença une longue période riche en péripéties, mais pauvre en évènement. (Pour resituer : Chronologie des évènements

« Amitié » franco-tunisienne
  Les Tunisiens étaient à la rue et il était désormais exclu de reprendre Botzaris. Le gouvernement français faisait montre d’une grande nervosité à cet endroit : le moindre éternuement à proximité du bâtiment voyait débouler dans les minutes qui suivent, moult cars de CRS ou/et de gendarmes mobiles… 

  La suite du « printemps arabe » nous permettra de mieux appréhender le degré de complicité du pouvoir sarkozien avec le régime de Ben Ali et la phrase célèbre et ridicule de Michelle Alliot-Marie prendra un autre sens, non de publicité pour la production nationale de grenades lacrymogènes ou de canons à eau, mais d’offre de services informatiques approfondis (dpi) afin de neutraliser les opposants tant il est vrai que depuis la « bataille d’Alger », la France a fait de grand progrès dans la maîtrise des renseignements afférents à la torture.

 

Paris et le « printemps arabe »
  De l’autre côté les responsables politiques de la ville de Paris continuaient de nous ignorer méthodiquement. Et les députés locaux, après avoir su goûter dans le passé aux charmes de la Tunisie, semblaient maintenant être sourds à tout de ce qui arrivait au sud de la Méditerranée… 

  Seuls les fonctionnaires de la ville en charge des SDF assumeront leur mission au mieux, dans le contexte catastrophique – mais prévisible – de l’hébergement d’urgence sur l’Ile-de-France. Situation paroxystique qui provoqua la démission de Xavier Emmanuelli en signe de protestation. (cf aussi Libé1 et 2

 Or Paris présente la singularité – issue d’une longue histoire de rivalité avec l’État – de ne pas être maître de sa Police. Aussi, Guéant en serviteur zélé ne se priva pas d’envoyer des CRS à toute heure du jour et de la nuit, perpétrer dans les parcs de la ville, des ratonnades contre les réfugiés pour saper toute tentative d’accueil un tant soit peu digne et organisé. 

 

Naissance de la twittercitoyenneté
  Entre temps le noyau du collectif twitterrien qui s’était mobilisé début mai : @leclown @Menilmuche @MsTeshi @nmen00v @PFRunner  et votre serviteur, s’était enrichi de @joueurs @GillesMisrahi @ActionTun @Monta_TN @doxaa de Monya @PressFay @Ooouups @guellaty @_LamiaS @hajoura74 @AurelPepe @Paul_Da_Silva et de multiples autres citoyens que la porosité de Twitter amenait à s’impliquer et qu’il serait pratiquement impossible de citer tous. En effet, il n’était même pas nécessaire d’être inscrit sur Twitter pour pouvoir suivre notre action d’alors, il suffisait de suivre (furtivement) : #Botzaris36

 

 Ce thème (hashtag) #Botzaris36 fut ainsi durant plusieurs semaines l’un des plus actifs de l’aire francophone, si bien que la Presse s’en fit l’écho, mais qu’il nous fallut apprendre à contrôler les effets secondaires de cet outil. Car, si les élites au pouvoir en France sont largement constituées de vieux cons, la Police et plus encore la Gendarmerie maîtrisent les dernières technologies et il ne fallut pas longtemps pour que nous soyons « suivi » par @Place_Beauvau et @prefpolice !

  Dès lors, il fallait à chaque instant tourner les manifestations d’égo au service de la cause qui nous mouvait. Souvent, je m’abstins de twitter ou différai un tweet de plusieurs heures afin de neutraliser les effets en retour… Nous apprîmes aussi à user de messages directs (donc non publics) lorsque l’urgence le commandait (sans oublier les bons vieux SMS).

 

La quête des archives
  Pour autant, la Presse ne s’intéressa pas longtemps à Botzaris : au bout de quelques jours, le déploiement massif de force de Police acheva de convaincre que le gouvernement ferait tout pour empêcher de laisser fuiter tout document compromettant pour lui et ses amis. La quête des archives se déplaçait ailleurs…
Il ne restera ainsi que les témoignages précieux de journalistes, twitterriens de la première heure et présents dès les premiers mois : @draganreporter @MatMolard @mathieu_m @oliviertesquet @TiboChevillard @ejldaniel @guybirenbaum @farpatta @monnerais @LucasMalterre @joelgaly @yasmineryan
 Les archives inaccessibles, nous nous retrouvons bientôt seuls avec les réfugiés. Et pour l’heure, il nous faut répondre à des besoins d’hébergement, d’hygiène, d’alimentation, d’habillement, de soins et sécurité compliqués par leur statut de SDF. 

 

 

L’accueil d’urgence
 Or, en l’occurrence, aucun de nous n’avait de compétence dans la gestion des situations d’urgence, même si certains, avaient l’expérience de l’assistance aux droits des étrangers sans papiers. Mais les Sans-papiers sont des personnes autonomes, intégrées dans la société française, dotées d’un capital intellectuel et le plus souvent même matériel, à qui l’assistance serait superfétatoire si, en réponse au marasme économique, la démagogie politicienne ne les avait transformées en bouc-émissaire avec des conséquences sordides, honteuses et parfois tragiques. 

  Mais ici rien de tel, nous étions face à des jeunes dont la moyenne d’âge n’était pas loin de dix-huit ans, qui, certes avaient été les pionniers de la révolution tunisienne mais précisément parce que laissés pour compte parmi les laissés pour compte du régime benaliste. Seule la minorité (souvent venant de Tunis) la mieux appareillée se fondra en quelques mois dans la société française. Restaient « sur le carreau » en ce mois de juillet les plus fragiles… Ceux, peu ou pas francophones, dont le destin était au mieux de s’inscrire au rang le plus bas du système de castes de la société française, celui de nouveaux Sans-papiers, voués au joug de cette forme moderne d’esclavage durant au moins dix ans avant d’espérer pouvoir accéder à l’échelon immédiatement supérieur : celui de « main d’œuvre étrangère sans qualification ».

 

 Arrivés en France pour trouver du travail et majoritairement démunis de colonne vertébrale intellectuelle tout comme de tout capital matériel, ils étaient les jouets de puissants intérêts politiques dont certains armés de tout l’appareil policier que Nicolas Sarkozy pouvait mobiliser pour sa propagande médiatique… Aussi peut-on résumer d’un trait la situation par la rencontre de deux démunitions – la leur et la nôtre !…

 

 Face à nous, toute la politique gouvernementale semblait faite pour casser toute solidarité afin que règne l’anomie – engendrant algarades et rapines – et finalement opprobre, notamment de la part du voisinage. 

 

Les relations ambiguës avec les Tunisiens de France

   Je ne peux passer sous silence la relative faible présence – a priori surprenante – des nombreux Tunisiens d’Île-de-France, bien que je sois, naturellement, incompétent pour en parler. Aussi laisserais-je le soin à d’autres, plus autorisés, de l’analyser… Au demeurant celle-ci aggrava les difficultés, par comparaison avec la situation des Sans-papiers évoquée plus haut, à qui, en général, un réseau voire des proches offrent un ancrage…  

 

Botzaris_maraude
Twitter : instrument d’interpellation publique
 Même si, grâce à @joueurs et @ActionTun un filet de secours alimentaire était assuré au groupe dont nous étions solidaires, notre démarche, au demeurant,  ne pouvait être réduite à de l’humanitaire pour lequel nous n’étions évidemment ni formés, ni outillés. Aussi avons-nous sollicité le concours d’Emmaüs – financé par le Conseil de Paris – ainsi que le soutien de l’Association Autremonde

 

 Nous étions plutôt des lanceurs d’alerte –  fonction pour laquelle Twitter est l’instrument idoine – cherchant à interpeler en particulier des Politiques. Nous étions aussi, plus prosaïquement, des relais et des témoins au quotidien.

 

  Certains Politiques n’ont, du reste, pas eu besoin de nous pour être là depuis le début comme Danielle Simonnet, du Parti de Gauche, présente dès le squat du 51, rue Simon-Bolivar. D’autres en revanche, ont répondu à nos sollicitations comme, en premier Pascal Terrasse qui posa une question écrite au Gouvernement (apparemment sans réponse). Puis ce fut au tour de Nicolas Dupont-Aignan qui visita Botzaris sans publicité et avec un certain courage, car ses positions radicales en matière d’immigration ne lui permettaient pas d’escompter un accueil confortable face à des migrants…  Il fut même question un temps que François Hollande vienne… sans suite. 

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  Il ne s’agissait pas dans le contexte de pénurie d’hébergement d’urgence, d’escompter obtenir pour eux un gîte conforme aux normes en vigueur, mais de dénoncer l’absurdité d’une réponse politique qui interdisait de trouver des solutions de remplacement…   

 

 

La fabrique à délinquants

  En effet, du point de vue « sécuritaire » (qui était celui que Nicolas Sarkozy était censé défendre), il eut été préférable de concentrer les réfugiés d’Île-de-France dans un département de la petite-couronne, de les héberger à l’aide de tentes, sur des aires propices à un contrôle policier en attendant de les renvoyer vers la Tunisie. Le coût de « l’hébergement » aurait été dérisoire en regard de la nuit d’hôtel à Paris et aurait compensé largement le montant de l’aide au retour nécessaire.  

 

   Or les ratonnades ont eues pour effet d’atomiser ces jeunes dans la banlieue notamment dans des squats où certains ont trouvé la mort et où d’autres ont basculé dans la délinquance. En outre, pour parachever cette « intégration forcée », l’Offi en charge de l’aide au retour volontaire de 2000€, a réduit arbitrairement pour eux son montant à 300€ : judicieuse initiative pour les inciter à rester sur le territoire national !… 

 

 

L’intégration à la mode Sarkozy

  Symétriquement, si le but recherché était « l’intégration républicaine » alors les ratonnades ne sont pas de nature à inspirer de la gratitude envers le pays d’accueil ! Quant à « l’employabilité » un « coup de pouce » par la formation professionnelle est plus efficace qu’un coup de tonfa !…

 

   On voit donc que de quelque point de vue que l’on se place, l’action du gouvernement était parfaitement incohérente, absurde, inefficace, coûteuse et de surcroît, d’un rendement médiatique douteux…  

 

 

Une épine dans la talonnette sarkozyste…

  C’est cette dernière constatation qui laisse supposer que le ressort profond du Président n’était pas simplement électoraliste et il restera bientôt à la charge des historiens d’expliquer pour quelles raisons il fallait à tout prix « faire disparaître » les réfugiés de la révolution tunisienne…

 

 

Epilogue
 Loin d’avoir disparus, nombre de ces réfugiés sont à l’heure où j’écris ces lignes, encore à Paris où ils dorment sous les ponts ; d’autres sévissent dorénavant dans le département de la Seine Saint-Denis…

 

 

@Emaux (27 novembre 2012)

 

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