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Sept principes d’activisme

On sait que le pouvoir corrompt. Dans les régimes représentatifs médiatiques qui sont les nôtres, l’honnêteté est un handicap : rien de telle qu’une bonne fripouille pour recueillir les suffrages, pourvu que ce soit un « bon client » (selon l’expression des médiacrates).

Il n’est malheureusement que trop facile de manipuler le corps électoral, comme n’importe quelle Assemblée : le marketing est là pour ça…

Certes, les principes démocratiques commandent qu’un certain nombre de contre-pouvoirs indépendants limitent ou contrôlent l’exécutif, mais dans le régime singulier de la France, le parlement n’est que la chambre d’enregistrement des lois élaborées – situation pathologique – par l’exécutif, lui-même. Quant au pouvoir judiciaire – honni à droite comme à gauche – il est étranglé par une massive sous-dotation délibérée et ne rend la « justice » qu’à condition de bénéficier de bons (et chers) avocats – avec quelques heureuses exceptions : celle du Gisti, par exemple.

C’est même jusqu’au conseil constitutionnel où la présence aberrante de politiques vient pervertir l’avis des juristes…

Enfin le quatrième pouvoir, le médiatique est sous subvention d’État quand il n’est pas « cul et chemise » avec le gouvernement – au sens figuré comme au propre…

http://www.alternatives-economiques.fr/la--revolution-fiscale-_fr_art_633_53012.html

Système dégressif principalement dû au plafonnement des cotisations sociales

Quant aux corps intermédiaires mis à mal par la Révolution française, ils ne subsistent pour l’essentiel, que sous la forme de grandes associations bureaucratisées ou de fédérations syndicales que le paritarisme rend plus complice du pouvoir que défenseur des citoyens : la gestion par les syndicats ouvriers des cotisations sociales selon un barème dégressif qui avantage les classes supérieures en est une triste illustration…

À l’opposé, les lobbies qui devraient être tenus à distance, ont leurs entrées au plus haut sommet de l’État et c’est un secret de Polichinelle que les parrains de la finance ont tenu la plume du traité « Merkozy » (TSCG) qui est responsable de la fission de la zone Euro et finalement de l’agonie du projet Européen…

L’irruption de la citoyenneté numérique
C’est dans ce contexte déprimant qu’Internet vient régénérer la démocratie notamment française – non sans résistance « d’en haut »* – car il permet une riposte « du faible au fort ».

Internet offre à chaque citoyen, pour la première fois sans filtre, le droit à la parole publique. Il favorise aussi la synergie des actions individuelles… La citoyenneté ainsi délestée des lourdeurs administratives qui plombent tant d’associations, reprend vie et les Collectifs, sans personnalité juridique, fleurissent dans toutes les dimensions de la société.

Mais si ce renouveau de l’activisme passe par la maîtrise des outils informatiques, il ne se limite pas à cela ; une connaissance de la communication comme du « jeu » politique est nécessaire. C’est à esquisser quelques principes de ce jeu renouvelé, que vise ce billet.

0. Ne pas être lié à un parti politique (ou à une organisation instituée)
En effet, une technique canonique de disqualification de la critique des citoyens consiste à insinuer que leurs revendications représentent les chevaux de Troie de l’opposition et trahissent le projet d’être « calife à la place du calife ».

1. Révéler des informations qui suscitent l’indignation
L’action politique ne peut s’affranchir d’un large soutien dans l’opinion publique et l’indignation en reste le ressort le plus fort. La brochure « Indignez-vous » de Stéphane Hessel a mis en exergue cette notion, fort opportunément puisqu’il reçut un tir nourri de toute l’éditocratie au motif qu’il ne proposait rien de constructif – occultant par là « l’insurrection pacifique » qu’il prônait…

2. Fissurer le mur du pouvoir
Exploiter des données et études internes, donc « incontestables » des instances opposées pour disputer leurs pouvoirs. Wikileaks en est l’exemple par excellence…

3. Déconstruire les arguments canoniques
Le pouvoir enveloppe son action « d’éléments de langage », notamment en forme d’argument « massue », destinés à empêcher de penser et à déstabiliser la critique. On reconnaitra ainsi :
« – Vous ne voulez pas sauvez de la faim le petit Africain ? »
« – Vous voulez nous faire revenir à la bougie ! »
« – Si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre… »
« – Il faut bien lutter contre la pédophilie** (respectivement) le terrorisme islamiste ! »
« – Comment allez-vous financer (respectivement) les retraites, la protection sociale, la création artistique, etc ? »
« – L’économie nationale ne saurait supporter l’arrivée de migrants »
« – Les marchés financiers nous y contraignent, (respectivement) réalisent la meilleure allocation de ressources, s’auto-régulent, etc »
– etc

4. Feuilletonner la campagne de mobilisation
Aucune information, aussi scandaleuse soit-elle, ne peut ébranler le pouvoir si elle n’est pas entretenue et raffermie dans la durée : dans le cas contraire, la réponse des responsables est connue : ils « font le gros dos »

5. Organiser une riposte
La publication d’information ne suffit pas, il faut organiser une campagne visant à perturber l’action du pouvoir, tout en essayant de rester non loin des limites de la légalité et bien sûr, dans la stricte non-violence : boycott, fauchage d’OGM, démontage-détournement de panneaux publicitaires, irruption dans une centrale nucléaire (respectivement, dans un système informatique), etc

Chacun de ces évènements doit être coordonné, relayé et amplifié par Internet

6. Proposer une alternative
Si l’on s’en tient à jouer le rôle « d’empêcheurs de tourner en rond », on est taxé de purs agitateurs, négatifs, destructeurs, etc. C’est une raison – s’il en manquait – d’élaborer une réponse alternative à la situation que l’on combat :
– Campagne « pédagogique » afin de lutter contre la tyrannie de la surveillance des citoyens : promotion des VPN, des logiciels libres, etc.

_____
(*) Rappelons que les X-Télécoms qui nourrissent l’enarchie avaient voulu interdire Internet (sic) dans les années 90 : le retard français dans ce domaine n’a pas d’autre source…

(**) L’exploitation sécuritaire et puritaine du délit de pédérastie a été jusqu’à avilir le beau mot de « pédophilie » !

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