Article, À chaud

#Crise grecque Pour une sortie de la zone euro et de l’Union Européenne

Il n’est pas dans mon ambition de livrer ici une analyse circonstanciée de la crise de l’euro depuis l’accession de Syriza au pouvoir : d’autres l’ont fait avec plus d’autorité que je ne pourrais le faire¹. Mon propos ici est de tirer les conséquences politiques de ce que cette crise a mis au jour.

En effet, c’est un des mérites de Alexis Tsipras et de Yanis Varoufakis d’avoir procédé « au grand jour » et, incidemment révélé (s’il le fallait encore…) le fonctionnement anti-démocratique de l’UE. On écarquille les yeux, notamment lorsqu’on découvre que l’Eurogroupe n’a ni statut, ni mandat, ni compte-rendus, ni légitimité pour imposer le traitement à l’économie grecque que ce gouvernement légitime a été contraint d’avaliser ! De même, on est consterné de découvrir qu’aucun des autres ministres des finances n’a assez de compétence en économie pour accepter de répondre à la discussion que Varoufakis voulait mener sur le terrain économique… Enfin le comportement de l’Eurogroupe et, en particulier de son président, Jeroen Dijsselbloem notamment quant à la parole donnée, est celui de maffiosi

On sait de plus maintenant par des sources concordantes : les confidences de Timothy Geithner et par Varoufakis lui-même, que Wolfgang Schäuble souhaitait l’éviction de la Grèce de la zone euro pour « faire un exemple » afin de « terrifier » en retour les autres États et imposer, notamment à la France, la politique d’austérité qu’il n’a pu obtenir depuis 2009 sur le continent européen.

Or l’hégémonie politique que l’Allemagne a acquise au plan européen par la « réunification » (l’annexion de l’Allemagne de l’Est, dans la réalité…) parallèlement à la domination économique au plan mondial grâce à des excédents agressifs sur ses partenaires, menacent tout l’édifice européen notamment tel que les USA l’ont conçu : une zone de prospérité suffisamment riche pour acheter des produits US mais dont les groupes sont suffisamment petits pour ne pas menacer les entreprises américaines et par dessus tout, des États suffisamment divisés et faibles pour ne pas contester l’hégémonie états-unienne. C’est pourquoi le dogmatisme de l’Allemagne appelait une réponse des USA que l’atlantisme confit de Hollande permit de porter, d’autant que ce dernier est assez politique pour savoir qu’il est dans la ligne de tir de Schäuble. Opportunément, cela permettait au président français d’apparaître, du moins aux yeux de ses électeurs, comme revenu au centre du jeu européen…

C’est pourquoi « l’accord » trouvé sur le dos du peuple grec permet de maintenir le statut quo jusqu’à la prochaine échéance et, de surcroît la mise à genoux de Tsipras permet aux sociaux-démocrates comme aux néolibéraux de toute obédience (PS ou autre) de garder la face. Peu importe que cela se paye par une stagnation (voire une déflation ?) de la zone euro et donc par l’augmentation continue du chômage.

Bien que l’intervention d’européens convaincus respectables tels que Thomas Piketty ait, en apparence pesé dans le débat en rappelant les annulations de dettes dont l’Allemagne et autres ont bénéficiées dans le passé, ainsi que, surtout, la promesse par l’Eurogroupe d’engager la « restructuration » de la dette grecque dès la réalisation d’un excédent primaire du budget – obtenu fin 2014 – force est de constater que les européistes sont les perdants de ces négociations et que l’Europe est entrée en phase terminale. Le néologisme de « reprofilage » créé par François Hollande, ne fait que cacher un rééchelonnement de la dette grecque et non une annulation partielle (restructuration) qui contrairement à ce que l’on serine aux citoyens européens aurait pu se faire de façon indolore par rachat par la BCE – certes, alors en infraction au traité de Lisbonne – ou de façon détournée (via une structure sui generis) afin de sauver les apparences juridiques.
En outre, un montage semblable généralisé aurait permis un règlement négocié de l’ensemble des dettes souveraines de la zone euro…

Quoiqu’il en soit, il est maintenant parfaitement clair que l’Allemagne ne cèdera rien concernant le (son) pouvoir monétaire sur la zone euro et que sauf à se résigner à une montée inexorable du chômage et de la pauvreté jusqu’à la révolte des peuples ou/et le triomphe du fascisme, la France ne peut plus rester dans l’euro², ni dans l’Union Européenne. En effet, son maintien dans ces espaces, lui interdit de mener une politique monétaire de plein emploi et, à la fois une véritable politique écologique (j’y reviendrai ultérieurement).

Sortir de ces institutions ne veut pas dire nécessairement, ériger des barrières douanières mais, conformément au principe de subsidiarité, redonner aux instances représentatives le pouvoir économique qui correspond à leur légitimité démocratique. Cela veut dire aussi pouvoir circonscrire l’économie de marché tandis que l’UE la place au sommet de la hiérarchie de pouvoir, notamment via le principe de « concurrence non faussée ».

Sortir de l’euro ne veut pas dire nécessairement abandonner son usage au quotidien, mais seulement retrouver le pouvoir de création monétaire via une monnaie nationale locale (non convertible) qui permet d’émanciper et de relocaliser l’économie.

 

Il appartient, dès lors à la Gauche française (et je pense en particulier au Parti de Gauche) de préparer et porter un programme de sortie négociée de l’UE-Eurogroupe, pour la première fois ouvertement et méthodiquement…

 

 

Emaux (le 16 juillet 2015 — Merci @leclown pour la relecture)

____
(1) Références :
Joschka Fischer : L’Allemagne va-t-elle encore une fois conduire l’Europe à sa ruine ?
Romaric Godin : Grèce – Alexis Tsipras propose une capitulation aux créanciers
Romaric Godin : La BCE s’est-elle comportée comme un « fonds vautour » ?
Michel Husson : La dette grecque démasquée
Théo Koutsaftis : La proposition du gouvernement grec aux institutions européennes
Thomas Piketty : Austerity Has Failed: An Open Letter From Thomas Piketty to Angela Merkel
Christian Salmon : Un insider raconte comment l’Europe a étranglé la Grèce
Jacques Sapir : l’Europe aux périls de l’Euro
Jacques Sapir : Capitulation
Emmanuel Todd : « On assiste à la 3e autodestruction de l’Europe sous direction allemande »
Eric Toussaint : Monnaie électronique, transparence fiscale, contrôle des banques : des alternatives existent au plan imposé à la Grèce
Interview de Yanis Varoufakis au New Statesman (traduction)
Yannis Varoufakis : Pourquoi l’Allemagne refuse d’alléger la dette de la Grèce
Yanis Varoufakis publie sa version annotée et corrosive du nouvel accord avec la troïka

(2) Ce n’est pas le lieu de discuter des modalités entre une solution de retour à une monnaie nationale à la Frédéric Lordon ou Jacques Sapir ou bien du maintien d’un euro, monnaie commune en parallèle d’une monnaie locale nationale comme semble le préconiser Gaël Giraud…

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