Article

Internet : 7 préceptes à l’usage de débutants

À JC Frog

La médiacratie et l’oligarchie politique ne cessent d’alarmer la population sur (prendre une grosse voix tremblante) : « les dangers d’internet » à l’aide de gros mots commençant tous par un cyber aussi inapproprié que ridicule : cyberterrorisme, cyberjihadisme, cybercriminalité, etc

Alarmer sans former présente le risque de produire l’hébétude au lieu de l’intelligence ; on se souvient que naguère, face aux « dangers des réseaux sociaux », des « experts » et journalistes proposaient et proposent encore « de ne pas aller sur Internet » – ce qui constitue une méthode d’apprentissage originale !

En vérité, en ces temps de surveillance légalisée par la loi sur le renseignement, un internaute débutant a plus de chances de voir ses données espionnées directement ou par le truchement des grands services centralisés des Gafam, voire de tomber sous l’accusation d’apprenti djihadiste que de se retrouver nez à nez avec un site pédopornographique (a fortiori pédo-nazi ;-) !

Le cauchemar de Nadine Morano

Je préconise plutôt de réaliser ce qu’on peut appeler le « cauchemar de Nadine Morano » : pour chaque débutant, disons à partir de 7 ans, donner un accès à haut débit via un ordinateur individuel sur lequel, le cas échéant est enclenché les différents dispositifs de filtrage parental : système d’exploitation, navigateur Firefox, requêtes Google tout en prévenant des défaillances de ces filtres, à savoir leurs incapacités à éliminer tous les contenus photographiques et surtout vidéos, traumatisants – pour un adulte même.

Après avoir provoqué un tollé en Norvège en censurant cette photo, le réseau social est finalement revenu sur sa décision, vendredi 9 septembre.

La célèbre photo d’une fillette brûlée au napalm pendant la guerre du Vietnam Crédit : STAFF / UPI / AFP

On notera incidemment combien ces grandes entreprises étatsuniennes (Gafam) sont tolérantes aux images d’une violence insoutenable alors qu’elles traquent avec la dernière énergie la nudité et en particulier la moindre parcelle d’aréole à l’aide d’algorithmes perfectibles* :

Facebook a supprimé cette image, alors qu’elle n’a rien de choquant

 

L’importance d’un bac à sable numérique

Il me semble en effet qu’il faut aller le plus tôt possible au devant des difficultés, de façon à les prévenir avant qu’elles ne se rencontrent à un âge où elles pourraient avoir des conséquences graves voire dramatiques : blessure narcissique irréversible à l’adolescence, licenciement professionnel à l’entrée du marché du travail, etc

Ce dispositif sera accompagné d’un dialogue constant mais à distance, c’est-à-dire laissant large place à l’autonomie de la navigation de l’enfant (ou du débutant) : il faut laisser faire des « bêtises »…

Naturellement tout ce qui suit est valable aussi pour un débutant, adulte.

Avant toute formation spécifiquement technique : comment formuler une requête, comment naviguer dans les URL, comment s’abonner à un flux RSS, etc, (et comment se protéger de la surveillance furtive…) qui fera l’objet d’une assistance serrée, il importe de donner et de répéter 😉 – à l’adresse de jeunes et vieux – les consignes simples mais fermes, suivantes :

0. Ne jamais donner son état civil

Évidemment ne jamais rentrer l’intégralité des prénoms, mais pas plus le véritable lieu et date de naissance. De préférence, ne pas fournir le nom véritable. L’exigence chronique de certains services : Facebook, Google+, d’exiger le nom réel est à cet égard contraire aux droits fondamentaux (libertés publiques).

Il faut se protéger d’une requête dans un moteur de recherche…

Si le formulaire intransigeant de création d’un compte est par trop intrusif, ne pas hésiter à fausser sans vergogne les informations rentrées… On pourra ainsi au besoin se vieillir ou rajeunir de quelques années… Les services étant en général d’une culture assez limitée, on pourra tout aussi bien demeurer au Parnasse ou aux Champs-Élysées sans que l’ironie ne soit détectée !

1. Écrire comme si l’on s’exprimait devant tout le monde

Internet est virtuellement toujours « public ». Même dans des espaces à accès restreint, n’importe quel lecteur peut aisément faire une copie d’un propos et l’extraire – sans nécessaire mauvaise intention – de l’espace privé d’origine vers un espace d’une tout autre portée où de copie en copie il parvient aux yeux d’un lecteur non prévu et potentiellement inopportun…

De plus certains réseaux comme Facebook ont, pour des raisons mercantiles, intérêt à élargir, plus ou moins à l’insu des l’utilisateurs, la portée de leurs publications par exemple en donnant une fausse impression de limitation par la notion d’amis de mes amis qui, en réalité à une portée indéfinie…

En outre, en ces temps de surveillance de masse, cette mutation de portée peut être effectuée légalement par un fonctionnaire de police ;-)…

Il faut donc toujours s’exprimer en gardant en tête que n’importe qui peut nous lire

Sur Twitter, l’étiquette veut que lorsqu’on parle de quelqu’un, on use de son pseudo afin qu’il soit averti de ce que l’on dit de lui ; c’est l’attitude à conserver en tout lieu d’Internet. Si l’on veut parler « dans le dos » de quelqu’un, Internet n’est pas approprié pour ça…

Corollaire : ne pas (laisser) divulguer des informations très personnelles, a fortiori intimes (photos** ou autres) sur quelque plateforme que ce soit, en quelque circonstance que ce soit ;-)…

2. « Tourner son clavier sept fois entre ses mains » avant d’appuyer sur la touche Envoi

Tout ce qui est posté est quasi-irréversiblement permanent. Loin d’être l’espace de zapping que certains intellectuels en chambre se plaisent à propager de médias en médias, Internet conserve a priori tout propos tenu des décennies durant, y compris le « coup de gueule » écrit dans un contexte particulier qui, passées les circonstances singulières qui pouvaient (sembler) le justifier, apparaîtra au lecteur futur comme singulièrement pathologique…

Même les propos de morts sont conservés sur Twitter, Facebook, etc !

En outre, bien que supprimé, le contenu peut persister sous forme de copies dans des caches ou blogues multiples voire dans des sites d’archivage du web tel qu’archive.org

3. Identifier en premier « où l’on arrive » et « qui parle »

Il est primordial d’identifier dès l’abord la nature de la plateforme à laquelle appartient la page reçue : s’agit-il de copies – éventuellement automatiquement agrégées – de contenus édités ou assumés par d’autres ou bien est-on effectivement face à un site d’information ou de réflexion : journal i.e. blogue, individuel ou collectif sous la responsabilité éditoriale d’une ou plusieurs personnes qui signent leurs propos – peu importe que ce soit sous des pseudonymes ou de « vrais » noms.
Rappelons ici que, contrairement à une confusion constante de la médiacratie, le contenu que vous avez le plaisir de lire ici n’est pas « anonyme » puisqu’il est signé d’un pseudonyme parfaitement identifiable et ainsi que j’assume pleinement mes propos…

Pour cela, il faut acquérir le réflexe de jeter d’emblée un œil sur l’en-tête de la page et, en cas de doutes ou d’interrogation, sur la mention « À propos » ou « Qui sommes-nous ? », voire de chercher sur le pied de page des infos supplémentaires, par exemple « légales ».
Ensuite, il faut chercher la signature du contenu présent en prenant garde à ce qu’un encadré peut très bien être d’un auteur distinct : coupé-collé de… ou accès direct à un autre contenu (cadre tiers), hébergé sur une autre plateforme – qu’il faut apprendre à re-connaitre – et en l’occurrence inséré tel quel. Scribe, Slideshare, Youscribe, Issuu, Youtube, etc sont quelques unes des plateformes de dépôt de contenus, les plus utilisées.
Il sera alors possible de faire une interrogation dans un moteur de recherche sur la base du nom ou du pseudo qui, collationnant tous les documents sur les dits-auteurs, permettra de se faire une première idée de l’identité de « qui parle »…

4. Chercher la licence sous laquelle est publié ce qu’on lit avant de faire un coupé-collé

En l’absence de toute indication, il faudra considérer les documents disponibles soumis aux droits de propriété les plus stricts et demander formellement à l’auteur la permission avant de les utiliser.

Droits de citation
Ne pas oublier que si un texte est libre de « courte citation » dans une limite assez floue, une photo ou une vidéo échappe à toute utilisation hors licence idoine. C’est l’objet de discussions permanentes parfaitement pertinentes. Au demeurant tant que le législateur n’aura pas fixé les conditions d’un usage légitime de documents audiovisuels, la copie aussi minime soit-elle, ressortira de l’illégalité (contrefaçon).

5. Respecter l’étiquette du Web

Chercher la source de l’information que l’on lit qui, en principe doit être accessible via un lien hypertexte, puisque c’est à la fois, le principe et l’étiquette du web. Une pratique archaïque détestable, issue de la Presse sur papier consiste à faire référence à la source (telle édition du soir de tel jour, etc) sans fournir explicitement le lien (URL) de la page. L’expérience, hélas fréquente montre que la lecture de la source complète révèle une réalité plus nuancée, plus complexe, voire complètement opposée au propos relaté !…

Mettre systématiquement en doute toute « information » qui ne respecte pas l’étiquette du Web…

6. Recouper les informations avant d’agir

Garder à l’esprit que la patience a ses vertus et qu’un fait divers, même relaté par un journaliste, souffre de la relativité et la fragilité de tout témoignage. L’expérience montre, en particulier que lors de « faits divers », les interprétations initiales sont régulièrement démenties lorsque l’enquête s’approfondit.

Chercher au moins une deuxième source « fiable », par exemple dans un moteur de recherche, avant de colporter une information, sans négliger l’usage du conditionnel et du subjonctif 😉 …

Les démentis ou rectificatifs ne font en général aucun « buzz », contrairement aux informations erronées mais spectaculaires. Cette asymétrie est la source de la plupart des manipulations : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » (Francis Bacon)

Se souvenir qu’Internet n’a pas « inventé » les rumeurs dont les plus difficiles à démonter sont celles qui contrairement au Net se propagent sans laisser de traces, par le bouche à oreille… (cf. « La rumeur d’Orléans »)

Épilogue

Ces préceptes ne constituent qu’une sorte de vade mecum dans l’exploration et l’apprentissage d’Internet ; ils ne constituent pas, à proprement parler la « culture numérique » qui fait tellement défaut aux Français et sur laquelle je reviendrais ultérieurement, notamment dans un prochain billet : « S’informer via Internet »

 

Emaux (le 22 juin 2017)

Pour aller plus loin :
Guide de vérification de contenu numérique

Observatoire du Webjournalisme


(*)http://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/facebook/enquete-l-oeil-du-20-heures-nudite-contenus-violents-les-rates-de-la-moderation-de-facebook_1269227.html

(**)La fille la photo et la mauvaise réputation

Publicités
Par défaut
Article

Immigration et délinquance : le sophisme ZBM (Zemmour-Bilger-Ménard)

 

À Danielle Simonnet

On se souvient de la sortie célèbre d’Éric Zemmour sur le contrôle ciblé des « noirs et des arabes » justifié selon lui parce que cette « catégorie » de population serait plus sujette à la délinquance. De la part d’un provocateur professionnel en charge de faire de l’audience par quelque saillie, cela n’aurait suscité que le renforcement du sentiment de consternation – hélas, habituel – devant l’entreprise de crétinisation des Français par la télévision, s’il n’avait trouvé dans le magistrat Philippe Bilger un soutien inattendu d’autant plus grave qu’il s’exprimait dans la sérénité et la réflexion d’un blogue.

Avant toute chose, observons que ce genre de croyances est susceptible d’être autoréalisatrices si elles sont partagées par les forces de l’ordre, biaisant par là les données invoquées, puisque des policiers « zemmouriens » ont toutes les chances de ramener au tribunal préférentiellement des « noirs et des arabes », renforçant les convictions « objectives » de Philippe Bilger… C’est tout le problème des contrôles « au faciès » qui bien qu’anticonstitutionnels sont toujours effectifs. Le témoignage – hélas non-exceptionnel – du journaliste Mustapha Kessous est là pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’une hypothèse d’École…
En outre, comme le souligne Laurent Mucchielli dans Délinquance et immigration, la population interpellée n’est en rien représentative de la population délinquante, car, seule une très faible partie (quelques pourcents) des délits sont élucidés et même, lorsqu’il y a arrestation, c’est préférentiellement le « menu fretin » qui est écroué au détriment des « gros poissons » i.e. des donneurs d’ordre, dont rien n’indique qu’ils aient la peau basanée…

Or, pour parfaire ce duo baroque, un troisième larron, Robert Ménard, est venu reprendre le flambeau dans une émission intitulée « Est-il choquant de renvoyer des délinquants étrangers ? » en affirmant – chiffres à l’appui – que les étrangers étaient la cause d’une plus grande délinquance puisque :

« L’augmentation de délits par les étrangers était de +37% pour les vols avec violences depuis 2008, de +40% pour les cambriolages »

À supposer que l’on connaisse de quel chapeau Ménard sort ces chiffres, on ne peut rien en conclure puisqu’il faudrait les comparer a minima avec l’accroissement global des mêmes délits – ce qu’il ne fait pas ici…

Puis, il nous assène :

« Il y a 4,6% d’étrangers en France [alors que] parmi les gens qui commettent les crimes les plus graves [passibles] de 10 ans de prison, il y a 12,6% d’étrangers. Donc, il y a un problème, il y a plus d’étrangers que normalement… »

Danielle Simonnet face à Robert Ménard sur i-télé

Danielle Simonnet face à Robert Ménard sur i-télé

Tout d’abord, on notera la précision « scientifique » de ces statistiques données avec un chiffre après la virgule, s’il vous plaît ! – sans que l’on s’interrogeât sur la significativité de ces décimales (pour ne pas parler des unités !)…

La rationalité statistique est l’acquisition ultime, (lorsqu’ils y parviennent ;-), de l’ontogenèse des individus

Mais surtout, elles relèvent d’une erreur de raisonnement de niveau première année de Sciences humaines (et même Terminale scientifique). En effet, le b-a-ba de la Statistique nous enseigne que lorsqu’on partitionne une population en deux classes selon un critère arbitraire (ici Français versus Étrangers), et que l’on observe la variation d’une mesure (ici le taux de délinquance) on ne peut rigoureusement rien conclure, en particulier de nature causale, tout simplement parce que les deux populations n’ont, a priori, rien en commun. Or, une comparaison rigoureusement tenue exige de se faire « toute chose égale par ailleurs ». Ici, rien « d’égal » : ni le capital culturel, ni le capital matériel, notamment…

Il faut donc, au préalable, « neutraliser » tous les autres paramètres avant de pouvoir comparer quoique ce soit… C’est l’objet de méthodologies créatives et sophistiquées qui construisent une authentique sociologie scientifique, à mille lieux de ces discours de « sens commun »1

Au demeurant, ces « raisonnements » ne prêteraient pas à conséquence s’ils restaient confinés dans le cadre qui leurs sied : le Café du Commerce. Or ces trois personnes ont cru bon d’abuser de leurs magistères pour les étaler en place publique, ce qui est non seulement irresponsable, mais même répréhensible…

La réussite scolaire, autre théâtre de la sophistique xénophobe

Cette problématique est rigoureusement homologue à celle de la réussite scolaire des enfants d’immigrés où, là aussi, les « raisonnements » frelatés vont bon train… Ainsi naguère Claude Guéant prit les mêmes libertés et osait affirmer que « (…)les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. » en hallucinant des données statistiques issues d’un rapport du Haut Conseil à l’Intégration qui concluait au contraire – précisément en neutralisant les autres déterminants – à une réussite équivalente, voire supérieure, des enfants de l’immigration… De même l’étude approfondie de Yaël Brinbaum & Annick Kieffer confirme une meilleure réussite (toute chose égale par ailleurs), en particulier des filles de parents maghrébins.

Myriam Bourhail, franco-marocaine et meilleur bachelier de France avec 21,03 de moyenne

Myriam Bourhail, franco-marocaine et meilleur bachelier de France avec 21,03 de moyenne

La pente du fantasme d’élimination

Or, si l’on s’en tenait aux résultats scolaires, une politique comptable des deniers publics devrait mettre en œuvre l’expulsion des Français eux-mêmes, puisque pour un investissement public donné, les enfants – en particulier les filles – d’immigrés procurent un retour sur investissement supérieur ! On voit ainsi à quelle absurdité la « logique » de l’expulsion conduit…

Or, dans nulle autre situation que face à la délinquance, la possibilité légalement offerte par le code pénal et le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceséda) d’expulser des individus, libère des fantasmes d’élimination et corrompt les facultés intellectuelles…

La double-peine en embuscade

De surcroît, cette logique qui transpire des propos de notre trio de choc et explicitement du dernier acolyte, pose le problème de la « double-peine ». Or par un bluff jamais dénoncé par nos médias (si prompt pourtant à mettre en avant la certification qu’ils apporteraient à l’Information) la droite a pu prétendre jusqu’à présent que Nicolas Sarkozy avait supprimé la « double-peine », dans le but achevé de déstabiliser le PS – qui, en l’occurrence pouvait aisément l’être…

En réalité, la double-peine figure toujours dans le Code pénal comme dans le Ceséda (Art. L.541-1 renvoyant à l’Art.131-30 du Code pénal) :

« Lorsqu’elle est prévue par la loi, la peine d’interdiction du territoire français (ITF) peut être prononcée à titre définitif ou pour une durée de 10 ans au plus, à l’encontre de tout étranger coupable d’un crime ou d’un délit »

(pour une analyse plus approfondie : CPDH).

Elle apparait aussi, amoindrie, au détour de l’Art. L.313-5 du Ceséda :

« La carte de séjour temporaire peut-être retirée à l’étranger passible de poursuites pénales (…) »

Les peines collectives : symptôme d’une épidémie de dégénérescence neuronale ?

Au risque d’être accusé de droit-de-l’hommisme caractérisé (un des « crimes » les plus graves, de nos jours ;-), il faut rappeler ici combien ces interdictions de séjour introduisent une rupture d’égalité devant la loi, puisque pour un même délit un Français n’en sera évidemment pas passible (encore qu’au train où vont les choses, le rétablissement de l’égalité de traitement pourrait se faire dans un sens non nécessairement heureux : Cayenne est encore dans les mémoires !)

En outre, elles pénalisent bien au-delà de la personne jugée : la personne qui partage sa vie, ses enfants éventuels, etc, qui vont être ainsi privés durablement voire définitivement de l’affection et de l’autorité parentale de la personne bannie, bien plus que s’il s’agissait d’un emprisonnement à proximité de la famille… Elles instaurent des peines collectives de fait, qui, bien qu’en rupture avec le principe d’individualisation des peines, ne semblent plus choquer la classe médiatico-politique.

On garde en mémoire le précédant de ce chef-d’œuvre de tératologie juridique qu’est la loi Hadopi, dont la peine de coupure d’accès, prive d’Internet l’ensemble des personnes d’un foyer et c’est même jusqu’à l’affaire Leonarda où l’intelligentsia française s’est satisfaite du discrédit du père (savamment exploité) pour justifier l’expulsion de toute la famille Dibrani…

C’est cette perte de sensibilité aux principes juridiques démocratiques qui est aujourd’hui la plus inquiétante…

…d’autant qu’elle peut s’accompagner d’une perte de sensibilité au droit lui-même :

À chaque fois q'un ministre est conspué  en – l'occurrence Taubira encore comparée à une guenon –, on ne va pas en faire un gros titre…

Philippe Bilger face au racisme dont est victime la Garde des sceaux

https://twitter.com/BilgerPhilippe/status/394153999378960384

@Emaux (8 décembre 2013)

____
1. On ne saurait mieux conseiller à nos élites politiques et médiatiques que de (re?)lire, crayon en main un classique toujours d’actualité : « La formation de l’esprit scientifique » de Gaston Bachelard (Vrin 1938)

Par défaut